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07 novembre 2007

La reine mère

09fee38401751a8f14b47a27bd025293.jpgVictorieuse au sprint de Gete Wami en 2 h 23’9’’, Paula Radcliffe a signé un exploit, dix mois et demi après son accouchement

L’espace de quelques secondes, on a douté. Douté que Paula Radcliffe réussisse son épatant pari de remporter son marathon de rentrée dans les rues de New York, bordées de plus de 2 millions de spectateurs en fête, acquis à la cause de la blonde Anglaise et de son tempérament d’infatigable attaquante. Douté que les vingt-sept mois passés depuis sa dernière sortie sur la distance, lors de sa victoire aux Mondiaux 2005, pavés de blessures et de vingt-sept heures de travail pour accoucher de sa fille Isla, il y a dix mois et demi, puissent être sans conséquence sur la championne de trente-trois ans. Douté parce que, scotchée à la chaussure de la recordwoman du monde(2 h15’25’’ en 2003) comme le célèbre sparadrap au doigt du capitaine Haddock, Gete Wami refusait de décrocher en dépit des coups de boutoir répétés de l’Anglaise depuis plusieurs kilomètres. À chaque petite butte parsemant une fin de parcours éreintante autour de CentralPark, la petite Éthiopienne semblait céder. Dans le moindre faux plat descendant, elle revenait invariablement de sa foulée gracile, tandis que Radcliffe grimaçait et dodelinait dans ce style saccadé si caractéristique. Il restait 800 mètres et Wami se permettait de passer l’épaule à la portière pour la première fois en plus de deux heures. Cinq semaines seulement après son succès à Berlin, l’Éthiopienne allait-elle faire plier la reine du bitume comme elle le fit si souvent par le passé sur la piste, notamment en lui soufflant le titre mondial du 10 000 m à Séville, en 1999, après lui avoir inlassablement sucé les semelles ?« Je ne critiquerai jamais un choix tactique,on n’a simplement pas le même, expliquera sincèrement Radcliffe. Mais ça m’est tellement arrivé d’être battue comme ça sur piste et je sais tellement depuis nos années juniors que Gete peut finir très vite que j’y ai pensé. Je me suis alors dit : “C’est du marathon, ça n’a rien à voir avec une arrivée sur piste !” L’expérience a parlé. Sur cette distance, c’est surtout au fond de soi que ça se gagne. Et quand Gete a amorcé son attaque, j’ai pensé que ce n’était pas possible, que c’était trop loin de la ligne d’arrivée, qu’elle ne pouvait pas se tromper à ce point. » En fait, Wami ne se trompait pas. Elle était juste au bout de son propre rouleau. La riposte de Radcliffe, cinglante, devait la clouer dans l’ultime allée d’un parc new-yorkais extatique. « Courir deux marathons en trente-cinq jours a sansdoute fait la différence », analysera l’Éthiopienne. Pas de quoi lui ôter son sourire. En devançant la Lettonne Elena Prokopcuka, Wami a elle-même gagné son propre pari et remporté la première levée du World Marathon Majors (laligue des cinq plus grands marathons dumonde) et ses 500 000 dollars de récompense. Une étape importante en vue de Pékin » Pour Radcliffe, l’enjeu était bien plus que financier. « Aujourd’hui, j’ai vraiment pris du plaisir à courir. Bien plus qu’en 2004, quand j’étais venue ici après le désastre des Jeux d’Athènes (abandon) pour une sorte de reconstruction, plus que de renaissance. La raison en est simple : la compétition m’a vraiment manqué et, pour ma part, je n’ai jamais douté de mon retour. » Paula Radcliffe est beaucoup trop intelligente pour que ces mots soient lâchés à la légère. Le « pour ma part » signifie que d’autres n’y croyaient plus. « Je ne crois pas que j’avais quelque chose à prouver, assène-t- elle. Mais gagner ici est aussi une façon de me réinstaller comme athlète alors que beaucoup de gens pensaient que ma grossesse signifiait la fin de ma carrière. » Même si elle avoue avoir souffert de ses jambes dures en fin de course, elle assure aussi s’être « sentie vraiment plus forte qu’avant (sa) grossesse », notamment d’un point de vue cardio-vasculaire. Isla dans un bras, l’autre levé vers les buildings au loin pour saluer la foule, Radcliffe a remporté hier bien plus que le septième marathon de sa carrière sous le toit bleu radieux et ensoleillé de New York. Elle a juste prouvé qu’elle avait raison. Or, pour un champion, l’orgueil, même enrobé des sourires d’une sympathique Anglaise, tient une place essentielle. Si cela dégage son ciel de nuages encombrants, l’horizon de l’aventure de Radcliffe paraît encore lointain. La reine du marathon n’a en effet jamais cessé de répéter que son véritable objectif était le sacre olympique qui lui manque, l’an prochain. « En vue de Pékin, refaire et gagner un marathon est vraiment une étape importante », souriait-elle hier. Ça reste une étape, seulement.

Article tiré de L'Equipe du lundi 5 Novembre 2007

Commentaires

Bravo magnifique Paula!!

Ecrit par : candice74 | 07 novembre 2007

J'ai adoré regardé ce marathon et particulierement l'épreuve féminine où il ya eu du suspens jusqu'à la fin et bien sur je suis admirative de la prouesse de cette grande coureuse qu'est Paula Radcliffe.Elle a fait une course absolument parfaite, ne se retournant pour voir où etait sa "rivale" qu'à qq minutes de l'arrivée.
Elle mérite un titre olympique :-)

Ecrit par : webelette | 07 novembre 2007

moi elle m'épate :)
J'adore !

Ecrit par : Nolwenn | 07 novembre 2007

voila enfin quelqu'un qui fait l'unanimité .. je suis fan aussi ...
j'avais adoré sa banderole à Edmonton " EPO Cheats Out"

Ecrit par : riri | 07 novembre 2007

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